mardi 14 août 2007

Un Diner de Mariage à Ghomrassen

Ghomrassen village rustique berbère dont le nom est la composition de deux termes Ghom qui signifie la Tribu et Sen qui veut dire le Chef. Ghomrassen signifie donc le Chef de Tribu. Ces habitants sont issus de la fameuse et terrible tribu des Ouerghemmas.


L’ancien village se trouve suspendu sur le flanc abrupt de la montagne "Demma" qui le protège et rend son accès très difficile. Elle s’appelait déjà "Kal3et Béni Hammed".
A une époque très ancienne, les habitants de cette région vivaient surtout de l’agriculture de la plaine en bas qui n’est au fait une cuvette naturelle entourée des montagnes de tous les côtés, traversée par un Oued et dont l’accès se faisait uniquement à travers 3 canyons, ce qui rend cette place une petite forteresse naturelle, difficilement prenable par les ennemis et facilement défendable contre les Razzias mais d’ailleurs qui osait le faire contre les Ouerghemmas.
Même Ghomrassen avait sa petite communauté juive qui vivait en paix parmi les plus terribles des guerriers.

A l’époque coloniale et après instauration d’une certaine paix et élimination des razzias, les villageois se sont descendus pour s’installer dans la plaine même, depuis l’indépendance et avec le tarissement des sources d’eau, les Ghomrasseni, sont partis chercher leur source de vie ailleurs et surtout à l’étranger, ils reviendrons plus tard, pour se marier et construire leurs foyers dans la plaine.
Aujourd’hui toute la plaine a été envahie et les ghomrasseni sont allés au-delà des limites naturelles de leur village pour s’installer dehors. Cette extension a permis l’accroissement des villages voisins.

Tout mariage à Ghomrassen signifie une réduction du cheptel National en ovins et caprins. L’honneur revient à celui qui égorge le maximum d’animaux et qui fait diner le maximum d’invités.

Dans le cas de mon ami et dès le matin, c’est 25 chevreaux et un agneau qui ont été égorgé pour cette occasion. Par la suite plusieurs femmes se sont mises à préparer du couscous à partir de la semoule (tkasskiss). Vers midi 130 kg de coucous était prêt à être cuit.

La cuisson a démarré exactement à 13 heures dans trois kesskess (couscoussier) géants, sur le feu du bois. Les morceaux de viandes ont été mis dans la soupe du couscous assemblés en 20 pièces par un fil.
A 20 heures, le diner a commencé à être servi aux hôtes. Dès qu’on s’est installé par groupes de 5 personnes par table, on nous a présenté un sachet qui contenait une grande nappe plastique qu’on a étalé sur la table, 5 couverts (cuillère + papier serviette), 2 savonnettes pour se laver les mains dans une petite bassine et 2 serviettes en tissus pour s’essuyer les mains après les avoir lavés.
Un Tebsi (plat berbère) rempli en couscous et bien garnis avec des morceaux de courges succulentes, des pois chiches et 2 poivrons frit bien piquants et bien sûr 5 grands morceaux de viandes de chevreaux.
On avait bien faim et on a vidé notre Tebsi au dernier grain de couscous.
En fin du repas, On nous a présenté une autre bassine pour se laver les mains et un garçon et venu débarrasser directement la table de sa nappe en plastique. Je n’en ai jamais mangé d’aussi bon couscous et d’aussi douce viande dans une fête.

Ce soir et en l’espace d’une heure et demie, 240 Tebsis pour 5 personnes chacun, ont été présentés aux hôtes.

Le diner a été un succès puisqu’il a remplis les 5 conditions (ou clauses) de réussite convenues dans la région:
1- Le couscous a été servi chaud
2- Le couscous n’était pas sec et il y’avait dedans suffisamment de soupe pour qu’il soit tendre (msokki belgda).
3- Un morceau de viande respectable (le mien il ne faisait pas moins de 300 g).
4- L’eau servie aux tables doit être bien froide
5- Le thé servi juste après le diner doit être bien chaud.

Faire diner 1200 personnes, dans les meilleures conditions, en une heure et demie, n’est pas une tache facile.

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7 commentaires:

cactussa a dit…

sa7a wbichfé!
jai jamais assiste a un mariage mil janoubmais tu mas donne envie dy assister.
ama chahitni fil couscous rabi ysem7ik !!!

psynaj a dit…

ti hak mchit barcha 3rouset:))

mataadi a dit…

T'en as de la chance, d'avoir assisté à autant de mariage . Je regrette de ne pas être réntré pour assisté moi aussi à des mariages de proches .Ca m'énerve rien que d'y penser .

C'est un véritable supplice de lire ce passage sur le couscous .

J'essaie de me rappeler la dernière fois que j'ai mangé un couscous .Apparemment ça doit remonter à loin parce que je ne trouve pas . Mais ça va j'ai réussi à imaginer le fumet de ce succulent couscous et j'ai l'impression d'être attablé avec vous .

On se prive de si bonnes choses pour des futilités .

khanouff a dit…

sahha, sahha, tu m'as fait monter l'eau à la bouche, un tel repas de mariage est un exploit en soit et une merveilleuse illustration de plus des richesses berbères oubliées ou plutôt sciemment occultées...mais c'est aussi une histoire ce ci...
:))

samsoum a dit…

Et le beignets (Ftayir) t'en as pas mange? Ne dit on pas que le majorite des Ftayria viennent de Ghomrassen?

MALI a dit…

Cher Téméraire,
Ce qui m’a plu le plus dans ton post c’est la description, l’étymologie et l’historique de ce village. Le reste je dirai c’est la tradition… que je n’approuve pas toujours. J’ai assisté cet été à un mariage : 7 jours et 7 nuits, à qui fait le mieux entre la famille du garçon et de la fille. Une débauche de luxe. Des dizaines milliers de dinars de gâteaux et autres salés qui vont à la poubelle. Des centaines de bouteilles de champagne à 20 euros minimum pièce dont la moitié vont dans l’évier car trop chaudes…. C’est un peu écoeurant. Bien sûr à Ghomrassen tout a été mangé et rien jeté. Tant mieux. Mais le sacrifice financier vaut il la chandelle ? Je ne sais pas. J’ai tendance à croire que le mariage est une affaire privée et que la fête ne doit rassembler que réellement ceux qui vous chérissent. Et souvent ils se comptent sur les doigts des deux mains et les orteils des deux pieds. Parfois moins. Mais je ne veux pas paraître grincheux. Longue vie à ce couple qui a occis tant d’ovins et de caprins. Plein de progéniture à ces jeunes qui nous succèdent. Bien à Toi.

Téméraire V5.0 a dit…

@cactussa :
Pour donner plus de détails, c’est un Couscous ultra léger. Lors de la cuisson on enlève toutes les graisses et huiles qui remontent en dessus de la soupe.
Pour le mariage, c’est une ambiance différente à celle du Sahel ou du Nord.

@psynaj :
La saison des mariages a commencé depuis le mois de Mars, avec le mariage d’une parente à 50 ans (son 1er mariage).
Tout compte fait, cette année, ce n’est pas beaucoup, à peine une dizaine de Mariage.
Rabby yhanny :)

@Mataadi :
Ce n’est pas toujours évitant qu’on y aille avec plaisir :).
Celui du Sud a été un vrai régal et surtout le couscous, je ne te raconte pas !!!
@khanouff :
Vraiment j’ai été réellement sidéré par ce couscous. Ce n’est pas facile d’en faire aussi bon pour 1200 personnes et de le servir en même temps chaud, c’est l’effet d’expérience berbère.

@samsoum :
Franchement, je n’ai pas mangé de beignets mais lors du mariage on nous a distribué des gâteaux berbères succulents.
Bine sûr que les Grands Ftayria sont de Ghomrassen, notamment Am Dhaw.

@MALI :
J’aurais aimé bien creuser beaucoup plus sur le village de Ghomrassen mais je n’ai pas eu suffisamment du temps pour me coller aux vieux du village pour tirer le maximum d’infos.
Malheureusement, dans certaines régions de la Tunisie, suivre la tradition est une obligation.
Le fait d’égorger autant de chevreaux et un signe d’hospitalité à l’occasion du mariage dans une zone ou on mangeait jadis rarement de la viande.
Mon Ami qui est un cadre médical vivant à Tunis, n’a pas pu éviter cette coutume.

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