lundi 1 octobre 2007

Une matinée au Kotteb

Eté 1974, quelque part au fin fond du sahara, dans un petit oasis nommé Nefta.

…. Ma tante me réveille doucement, je jette un coup d’œil rapide sur "la Fayaka" horloge mécanique, il est 9:00h et je suis très en retard et comme chaque matin il fait déjà très chaud.

Si je n'y vais pas, il vont venir me chercher de force !!!

Je me précipite au milieu du "houch", la maison arabe typiquement djéridienne et je me lave le visage de l’unique robinet de la maison.
Ma douce tante me tend un verre de lait de chèvre bien frais, je l’ingurgite d’un seul coup sans respirer, je mets ma petite djebba toute blanche et j’accoure vers mes cours. Au passage à travers la "Seguifa", j’arrache une poignée de dattes dorées qui sont stockées provisoirement dans l’attente de leur acheminement au "Soug", le marché local de Nefta.

Le Kotteb se trouve à peine à 100 mètres de la maison. Dehors il fait encore plus chaud, je faufile entre quelques "khammés" montés sur leurs ânes et qui reviennent déjà de la palmeraie. Quelques minutes après j’atteins le "Bortal" passage vouté dont la fraicheur attire quelques vieux, qui assis sur la "dokkana" jouent à la "kharebga" sans se soucier des balbutiements qui viennent d’en haut.

Les voix deviennent de plus en plus fortes, je me glisse dans l’escalier sinueux et je me retrouve dans la salle carré qui se trouve juste en haut du "Bortal".

Se tenant au milieu de la salle, adossé contre le mur "Guibli", "Sidi Echeikh", drapé dans son "Barnous" et assis sur un vieux Margoum tenait comme d’habitude, dans sa main droite son long bâton de bois d’olivier avec lequel il arrivait à lacérer les peaux des enfants qui l’entourent sans pour autant bouger de sa place. Sidi Echeikh connait tout le Coran par cœur, il peut réciter le "settine hezb" sans omettre le petit mot et il essaye en vain de nous transmettre son savoir.


Les enfants, de différents âges, assis sur une grande "Hsirra" natte usée en alfa, entourent Sidi Echeikh, les nouveaux sont devant et les anciens qui sont bien avancés dans l’apprentissage du Coran se trouvent dans les lignes qui suivent.

Dans un rythme confus, les enfants récitent en même temps les sourates du Coran à partir de la Fatiha, arrivés à la sourate "Al Qiyama" la Résurrection, Sidi Echeikh les fit taire et scinda le groupe en deux, les jeunes et les plus ainés. Il ordonne au groupe des ainés de prendre leurs "alwahs" tablettes pour écrire cette dernière sourate tandis que les jeunes entament un rituel de répétition jusqu’à ce que cette sourate s’enracine dans leurs petites têtes sans pour autant connaître le sens de chaque verset.

Avec un mouvement de balancement de leurs petits corps et dans un rythme, cette fois-ci, bien régulier, les petits enfants commencent à répéter, dix, vingt fois le même verset derrière le Meddeb. Chaque enfant récitera par la suite le verset tout seul pour confirmer qu’il l’a appris, les têtes lourdes qui ne retiennent pas facilement, se délayeront toutes seules après le premier coup de bâton.

Les Majeurs, après avoir lavés leurs tablettes avec de l’eau et de la terre glaise dans une bassine du coin, prennent leurs plumes taillées dans une petite tige de roseau et en utilisant un encrier commun, commencent à écrire le même verset avec une belle écriture tout en le répétant par cœur jusqu’à sa mémorisation.
Toute erreur d’orthographe sera lourdement sanctionnée par Sidi Echeikh, l’erreur n’est pas admise dans l’écriture du texte coranique. L’élève récidiviste risque même une bastonnade mémorable avec la fameuse "Falka" accrochée à côté du Meddeb et qui terrorise les plus récalcitrants des enfants. « Mé nal3bouch m3a klém rabby », on ne plaisante pas avec les paroles divines de Dieu.

Un enfant lève le doigt pointé vers Sidi Echeikh, le Meddeb dédaigne lui parler, il fini par le baisser, quleques instant après, il le relève encore, aucun signe de la part Savant Cheikh. Le petit enfant arrête de psalmodier le Coran, commence à se tordre en place pour finir par crier « Sidi nemchi nastarih » « Monsieur, je peux aller aux toilettes ».

Parfois c’est un coup de bâton pour les simulateurs, parfois, c’est l’ignorance complète de la part de cet instructeur et parfois un hochement de la tête approbateur et voilà que l’enfant qui file comme le vent vers les toilettes de la mosquée voisine pour se soulager, se rafraichir à la "Midha" salles des ablations et retourner au Kotteb avec le sourire du vainqueur qui a convaincu le maitre.

Le rituel occasionnel de la Falka et terrible, c’est la sanction méritée de ceux qui sèment le trouble au Kotteb, font l’intéressant ou dont le compte de crédit des bêtises est arrivé à terme et même parfois l’enfant qui a trop la tête ailleurs et ne suit pas Sidi Echeikh.

Suite aux instructions du Meddeb, ses deux lieutenants, les élèves les plus âgés ou les plus forts apportent la Falka qui n’est autre qu’un grand bâton avec une corde reliées aux deux bouts.
Accoudé sur ses bras, l’enfant fautif soulève ses jambes serrées en ne cessant de répéter " Yé Sidi 3aychek samahi, mé 3adech in3awed san3ti" " Maître, je t'en prie pardonne moi, je ne répetrai plus ma bêtise". Avec sérénité, les deux lieutenants lui font passer les pieds entre la corde et le bâton, ensuite ils tournent le bâton sur lui-même jusqu’à complètement serrer les deux pieds au milieu de la Falka.

Enfin, les deux lieutenants soulèvent la Falka et les deux pieds du fautif se trouvent suspendus dans l’air à l’hauteur appréciée par Sidi Echeikh qui avec son bâton en bois d’olivier va donner une bastonnade inoubliable à l’enfant qui crie et qui demande pardon dans toutes les langues compréhensibles par ce monde.

… plus tard, c’est avec le retour au Kotteb qu’on me menaçerait pour m’intimider et avoir l’assurance que je resterai tranquille. C’est promis je ne bouge plus, vous avez gagné !!!

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15 commentaires:

Hmayed a dit…

tu es deja allez au kotteb
euh et tu fait koi fil nafta ?
oui un autre truc, j'ai un probleme avec ton Fil Rss , j'arrive pas a t'ajouter fil feedreader ? ta une epxlciation témé
ouii, encore un truc,winik fil meetup baba ?

Bechir a dit…

Ça parait terrible ce que tu décris. Mais ça a eu le mérite de forger des "hommes".

Je ne suis pas allé au kotteb quand j'étais jeune, mais quand j'étais à l'école primaire, l'ambiance ressemblait beaucoup à ton "kotteb". Il y avait des châtiments et les instituteurs étaient respectés.

Mouch kima jil el yeghort elli 9a3ed 6ala3 taoua, koll chay jehom se8el et ils osent dire que la vie est difficile :-D. Mamnou3 yo4rbouhom fil madrsa, 3andhom les ordinateurs min 9bal ma yetweldou, les chaînes de télé se comptent par centaines, et la plupart d'entre eux ne maîtrisent pas une seule langue.

3la mourad elle8 w barra...

Téméraire V5.0 a dit…

@Hmayed:
Oui, à Tunis, avant de fréquenter l'école primaire j'ai été pendant 2 ans au Kotteb où j'ai même appris à lire et écrire.

Nefta est le village natal de mon père, j'y allais pour les vacances d'été quand j'étais petit. Maintenant j'y vais réguliérement, une fois par an, au mois de décembre.

Pour le truc RSS, je ne suis pas connaisseur :), je ne saurai pas teépondre.

J'ai confirmé ma participation au meetup avant de savoir que s'était un samedi soir. Malheureusement, je n'ai pas pu me libérer des engagement familiaux.

Téméraire V5.0 a dit…

@Béchir:
La Falka est un châtiment terrible est reste mémorable même pour l'assistance.

Le Meddeb était de facto respecté en raison de son statut de "savant" et du connaisseur de "klem rabby" et de la carte blanche délivrée par les parents pour qu’il mette leurs enfants sur le droit chemin.

Malheureusement, les jeunes d'aujourd'hui sont trop gâtés, mais pouvons-nous leur reprocher ce que le modernisme (moyens, méthodes) leur offre ?. Par contre comme tu le dis, ils sont trop irrespectueux, insolent et nonchalants et ce comportement se réfléchit même parfois sur leurs relations avec leurs parents.

Hmayed a dit…

témé , mon ami, moi aussi suis aller au kotteb j'ai eu meme un petit certificat de remerciement, mais j'ai pas pu résister trop , avec mon caractère qui fait chier , j'ai fini par m'engueuler avec le chikk :)
mais c'etait une belle expérience
ah wii aussi , mon article sur sarko est déjà online, ca m'interrese se savoir ce que tu pense de ca ,
belle journée amigos

david santos a dit…

Merci, Téméraire ! Je te suis beaucoup remercié, mais sans ton autorisation je ne publiais pas. Cela jamais. J'adore visiter tien blogue et adore tes travaux, mais je n'écris pas bien Français. Je comprendre, comprends, mais écrire encore j'écris beaucoup de mal. Merci mon grand ami et une grande accolade depuis le Portugal.

David Santos

Lapa a dit…

TOP PORTUGUESE UNIVERSAL WRITER: CRISTOVAO DE AGUIAR.

He has, also, translated into Portuguese the Wealth of Nations by Adam Smith.

He has been awarded several prizes.

Don't forget the name of this great author, you'll be hearing of him soon.

Thank you for spending time in Universal Culture.

Thanks for visiting.

david santos a dit…

Mon mail:

dadid_santos_sjm@hotmail.com

Merci

CENTIFOLIAS a dit…

ti finnek ya cheikh?

Téméraire V5.0 a dit…

@Hmayed :
Tu t’es engueulé avec le cheikh et tu es sorti indemne de la confrontation !!! ::)).
Je ne savais pas que les Kottebs donnaient des Certificat de Remerciement, le mine, c’est plutôt des coups de bâton :)

@David santos :
Merci pour ton passage sur mon Blog, la langue n’a jamais été un réel obstacle pour communiquer ou apprécier ce que font les autres.

@Lapa :
Well noted about CRISTOVAO DE AGUIAR and thank you for visiting my Blog.

@CENTIFOLIAS :
Je suis là :).
Malheureusement je n’ai pas pu me désengager le samedi soir pour assister au meetup. Saha likom :)

c pas moi a dit…

t etais lieutenant ya moudammerr !

centifolias a dit…

Je n'étais pas concernée par le meet up !

Téméraire V5.0 a dit…

@c pas moi :
Pas du tout, j'étais un petit soldat, je n'ai pas trop évolué pour devenir lieutenant :)

@centifolias :
Ooops, Alors le Cheikh est là :

Jacob a dit…

Superbe ce tableautin du vécu !! je pense avoir reçu quelques centaines de coups de baton sur la plante des pieds au Kouttab, et le Rabin enseignant ne plaisantait ni avec l'obéissance ni avec le laisser aller..par contre chez nous a l' Ariana la correction décrite se nommait .. تحميلة..sans doute a cause du fait de soulever les jambes garrotées du condamné, la Falka devait désigner le garrot lui-meme ??

Téméraire V5.0 a dit…

@Jacob :
Aors, moi non, tout sauf le Bâton, dans ce cas là, je savais comment me tenir tranquille :)... ne plus y revenir !!!

On voit bien que ces Mededeb-Rabbin sont bien issus de la même école, celle de la Falka :)

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